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Le numérique à l’école mérite mieux qu’un débat sur les écrans

Grâce à l’excellent résumé d’EdTechActu, nous nous sommes plongés dans le dernier rapport de la DEPP (le service statistique de l’Éducation nationale) sur le numérique éducatif.

Il y a de nombreuses données à en tirer, et nous vous invitons évidemment à lire le rapport en détail. Mais à travers notre prisme – chez Speechi, nous concevons des écrans interactifs et logiciels pour les classes d’hier, d’aujourd’hui et de demain -, certains constats sautent aux yeux. Et disons-le d’emblée, il est temps d’arrêter de se voiler la face sur la réalité du numérique à l’école : le problème du numérique à l’école n’est pas le numérique, c’est l’absence de stratégie autour de son usage.

Voici notre lecture.

1. Le véritable retard français est celui de la formation

C’est le chiffre qui fait mal : seuls 14 % des enseignants en école élémentaire (et 26 % au collège) déclarent que leur formation initiale les a préparés à l’utilisation des outils numériques. Ce sont les taux les plus bas au niveau international.

Comment peut-on exiger de notre école qu’elle prépare les citoyens de demain en oubliant d’accompagner les enseignants ? Et investir dans l’équipement numérique des salles de classe sans veiller à ce que ceux-ci soient utilisés à au moins 80% de leurs capacités ? 

D’autant plus que le rapport souligne une vérité que nous constatons sur le terrain tous les jours en discutant avec les premiers concernés : une part importante des enseignants voit le numérique comme un levier massif pour susciter l’intérêt des élèves. Et quand les plus réfractaires passent du rejet à la curiosité grâce à la formation, la magie opère.

Les profs ont évidemment l’envie, ils ont l’intuition pédagogique, mais il faut systématiser la formation des enseignants lorsque l’on équipe leurs classes d’outils numériques ou que leur utilisation est mise au programme. Il faut arrêter d’acheter des tablettes, des écrans interactifs, des robots ou encore d’implanter l’IA sans former les enseignants. 

2. Écrans : arrêter de diaboliser, commencer à éduquer

Chaque publication sur le numérique semble raviver le même débat : les écrans seraient-ils le problème ? 

Le rapport entame l’habituel refrain sur les enfants et les écrans : 75 % des élèves de petite section regardent ou jouent sur des écrans, 45 % ont un accès dédié… Face à ces chiffres, le débat se résume souvent à une opposition simpliste entre « avec écran » et « sans écran ». Comme si regarder des vidéos en boucle et manipuler un outil interactif en classe relevaient de la même expérience. Ils n’ont pourtant ni le même objectif, ni les mêmes effets.

Et derrière le sujet épineux qu’est le temps d’écran, un autre plus inquiétant se cache : la fracture numérique et sociale. Les usages des écrans varient drastiquement selon l’origine sociale. L’école pourrait être un lieu où l’on lisse ces inégalités, où la culture numérique se construit. D’ailleurs, la DEPP l’écrit noir sur blanc : « Lorsque l’usage des écrans est encadré et qu’il est complété par d’autres activités, le lien négatif entre exposition aux écrans et scores aux tests (…) s’atténue, voire s’annule ».

À la maison, l’écran est souvent passif et isolant. À l’école, un outil comme un écran interactif devient un centre de collaboration, d’échange et d’esprit critique. Refuser le numérique à l’école sous prétexte que les enfants en consomment trop à la maison, c’est condamner les moins favorisés à ne jamais en avoir un usage intelligent.

3. L’illusion du « matériel magique »

Quel est l’impact réel des dotations d’équipements au collège et au primaire ? Le rapport pointe des « résultats mitigés » concernant les flottes de tablettes ou les classes mobiles.

Faut-il en conclure que le numérique n’a aucun impact positif ? Absolument pas.

La réalité, c’est que pour que l’impact soit significatif, il ne suffit pas de parachuter des cartons de tablettes dans une classe ou un écran interactif quelconque du moment qu’il soit tactile et qu’il satisfasse quelques lignes techniques dans un appel d’offres. 

Personnellement, nous croyons à l’écran interactif : c’est un outil de pédagogie collective qui ramène le regard de la classe vers un point commun. C’est pourquoi, après avoir importé en France les premiers TBI et VPI, nous avons commencé dès 2012 à développer nos propres “SpeechiTouch”. 

Si l’on prend l’exemple d’un écran interactif Speechi, il faut regarder au-delà de l’écran et s’intéresser à toutes les briques que nous concevons : le pilotage par le DSI de l’école, la personnalisation accrue de l’écran par l’enseignant lui-même, les fonctionnalités logicielles qui facilitent l’inclusion (élèves allophones, malvoyants…), tableau blanc unique qui répond à chaque besoin pédagogique… 

D’autant plus que c’est là que ces outils sont une véritable réponse à ce que nous appelons la bataille de l’attention, un sujet crucial trop souvent survolé. Le numérique est une arme de construction massive pour les élèves à besoins spécifiques (troubles dys, handicaps), offrant une flexibilité pédagogique inatteignable avec le seul papier. 

4. Intelligence Artificielle : et si on éviter de regarder passer le train ? 

Autre point clé du rapport qui fait un constat amer : l’intelligence artificielle. En France, l’utilisation de l’IA reste très limitée dans l’enseignement, freinée par un manque de connaissances et de ressources – on en revient assez naturellement aux outils choisis et à la formation des professeurs insuffisantes.

Pendant que l’on débat encore de l’opportunité d’utiliser un tableau numérique, le monde avance. La vraie question n’est donc pas « faut-il de l’IA à l’école ? », mais « comment former les enseignants à en faire un usage pertinent et responsable ? ». C’est le défi de la décennie et nous n’avons pas le droit d’avoir 10 ans de retard sur ce sujet. 

A Lille, nos équipes de R&D y réfléchissent tous les jours pour l’intégrer nativement à nos solutions. Charge également aux fabricants d’outils numériques et de logiciels, dont nous faisons partie, d’intégrer l’IA de façon intelligente dans nos équipements – pas pour l’intégrer à la place du prof, mais pour lui simplifier le quotidien sur des usages pédagogiques pertinents. 

Et maintenant ? 

Rendre la France plus compétitive passe aussi par une ambition assumée pour son école : former les enseignants, accompagner les usages et investir dans un numérique éducatif pensé comme un levier pédagogique, pas comme un simple équipement. Il ne s’agit plus de « mettre des écrans dans les classes » pour faire moderne. Il s’agit de choisir des outils qui captent l’attention au lieu de la diviser et d’embrasser les nouvelles technologies comme l’IA.

La bataille pour une école de son temps et pour accompagner les professeurs qui la composent continue. Et nous y prendrons toute notre part.